Chronologie de la vie de Stahly

 

JEUNESSE


François Stahly est né le 8 mars 1911 à Constance,  au sud de l’Allemagne à la frontière de la Suisse et de l’Autriche, de père italien, catholique et de mère allemande, protestante.


Son père Léopold Stahly, artiste peintre portraitiste, d’une grande culture . Sa mère allemande issue d’une famille de peintres de vitraux et de paysans.

1915  Léopold meurt  à Lugano dans le Tessin. Sa mère doit faire face seule  à l’éducation de ses  quatre enfants  Ottiglia Paula,  Enny et Tiziano (Plus tard lorsqu’il rencontrera sa femme Claude elle lui donnera le prénom de François.)


1912-1931   vit toute sa jeunesse en Suisse à Lugano , à Zürich et Winterthur.

A l’âge de 15 ans François Stahly doit interrompre ses études pour gagner sa vie. Il travaille dans une imprimerie comme apprenti. En même temps il suit des cours de peinture et de sculpture à la Kunstgewerbeschule  à Zurich où il retrouve son condisciple Max Bill et où il entrevoit Jean Arp. Il suit également des cours à l’Université populaire . On y enseigne les théories du Bauhaus .A la sortie de son apprentissage à l’usine où il avait été très brillant , il obtient une maîtrise de lithographe et typographe.


PARIS, LES ANNEES 30


1931 Encouragé par deux jeunes amis sculpteurs, Walter Klinger et Sergio Signori, il part pour Paris où il devient l’élève de Charles Malfray et Aristide Maillol, à l’Académie Ranson

1934 Epouse Claude Favre, relieur d’Art, dont il aura trois enfants, Bruno ,Florence et Catherine.

1936 Il reçoit, avec Fred Littman, une première commande de sculpture pour l’Exposition Universelle de Paris.

1938 Du 10 mai au 3 juin participe à la première exposition du Groupe « Témoignage »

Le groupe « Témoignage » a été créé par le poète et amateur d’art Marcel Michaud. Il était constitué de peintres , de sculpteurs, de musiciens, poètes, aussi bien que de tisserands, souffleurs de verre, relieurs. Ce groupe s’était donné comme objectif de revenir à une   spiritualié disparue, et à une nouvelle signification de l’œuvre d’art. C’est une affinité d’âme qui réunissait ces artistes et artisans entre eux.


LA GUERRE


En Mai 1940,  l’exode.

La période de la guerre puis de l’occupation l’oblige à des années d’errance avec sa famille.

De nationalité allemande, vivant en France, Stahly est à la fois recherché par les allemands comme déserteur, et par les autorités françaises comme ressortissant d’un pays ennemi. Il séjourne à Augmontel dans le Tarn

1941-42 Marseille où il fait la connaissance de Marcel Duchamp, Max Ernst. Grasse où il retrouve Jean Arp, Magnelli, Sonia Delaunay, Ferdinand Springer, Nicolas de Staël.  Oppède où il acquiert le goût du travail collectif et de la collaboration avec  les architectes Bernard Zerhfuss, Jean Le Couteur, Paul Herbé…..


1943 à Charny en Bourgogne.

L’amateur d’art et écrivain Henri-Pierre Roché alors réfugié à Dieulefit, prend connaissance, par l’intermédiaire d’Etienne Martin, des premières sculptures de Stahly. Il acquiert alors « Le Doigt » et un peu plus tard « La Vénus Hottentote ». Leur rencontre n’a véritablement lieu  qu’après la guerre en 1945 lorsque Roché quitte Dieulefit.  Il lui achète toutes les sculptures exécutées entre 1940 et 43. Par la suite, il continuera à agrandir sa collection jusqu’à la fin de sa vie en 1959. Pendant la guerre, réfugié dans la Drôme il découvre Wols, Stahly, Etienne Martin.


En 1945 s’installe en Normandie à Mortagne au Perche,  lieu-dit Préfontaines.  Martin, Manessier, Bertholle, Le Moal sont également  dans les environs.  Les Stahly y resteront jusqu’en 1949.

Mortagne est le berceau de l’œuvre de Stahly.


LA JEUNE SCULPTURE


Roché introduit son ami Stahly auprès de Brancusi qu’il considère comme le maître de la sculpture contemporaine. 


Stahly est membre du comité du 2eme Salon de Mai et il y exposera chaque année jusqu’en 1983..


1947 Le 11 aout obtient la nationalité française.

Deuxième Salon des Réalités Nouvelles où il exposera chaque année jusqu’en 1982.

1948 Après une « exposition-manifeste » HWPSMTB (Hartung, Wols, Picabia, Stahly, Mathieu, Tapié Bryen) à la Galerie Colette Allendy, René Drouin  et les peintres Wols et Mathieu incitent  François Stahly à revenir à Paris pour former un groupe.


Sur les conseils d’Henri-Pierre Roché il s’installe à Meudon où il construit dans une vieille orangerie, une  habitation pour sa famille et retrouve un peu la solitude de la campagne.

Des liens d’amitié avec quelques architectes ( Pinsard, Herbé, Le Couteur, Zehrfuss…) lui ouvrent la voie de quelques réalisations en grandes dimensions. 

Il réalise avec Etienne Martin, Antoine Poncet, Delahaye, les vitraux-reliefs de l’Eglise de Baccarat.


1949  Etienne Martin l’invite à suivre « l’enseignement de Gürdjieff qu’il fréquentera jusqu’en 1960.

En 1955, il réalise une façade en aluminium du Pavillon Paris-Match à l’exposition de l’Habitation au salon des Arts Ménagers. De la même année date le signal en acier commandé par le Comité de la Sidérurgie française, qui sera placé en 1960 à l’entrée de l’autoroute du sud. Pour l’exposition internationale de Bruxelles, en 1958, il est chargé de la décoration du mur de la Chapelle du Saint-Sacrement au pavillon Pontifical. (Pierre Pinsard architecte)  


Même dans sa façade en aluminium du Pavillon Paris-Match ( exposition de l’habitation du Salon des Arts Ménagers 1955) , où le matériel et la technique du pliage l’obligeaient à une division rectangulaire, Stahly arrive à créer à travers la rigidité du métal une vibration exaltée.


Expose avec Etienne Martin à la Galerie Jeanne Bucher.

Membre du Comité directeur du 1er Salon de la jeune sculpture où il expose jusqu’en 1980.


1950 Se lie d’amitié avec Alberto Giacometti.  Avec Etienne Martin je considère Giacometti comme mon meilleur ami…..les conversations que nous avons eues me sont restées gravées dans la mémoire comme un credo.


Rencontre Darthéa Speyer , attaché culturel de l’Ambassade des Etats-Unis, à Paris. Toute sa vie elle défendra sa sculpture et devient une amie.


1953 Expose à la Galerie Paul Fachetti. Pour sa première exposition personnelle il demande à son ami Henri-Pierre Roché une préface pour le catalogue.


1955  Il réalise une façade en aluminium du Pavillon Paris-Match à l’exposition de l’Habitation au salon des Arts Ménagers. De la même année date le signal en acier commandé par le Comité de la Sidérurgie française, qui sera placé en 1960 à l’entrée de l’autoroute du sud.

1957 François Stahly reçoit le grand prix Matarazzo de la Biennale de Sao Paolo.Le collectionneur Willi Blattmann, de Zurich, lui achète de nombreuses sculptures.

1958 Pour l’exposition internatinale de Bruxelles, il est chargé de la décoration du mur de la Chapelle du Saint Sacrement au Pavillon Pontifical. (Pierre Pinsard , architecte)

Exposition à la galerie Louise René, avec Le Corbusier, Léger, Herbin, Magnelli, Vasarely, Arp, Bloc, Saunia Delaunay, Gilioli.

Stahly tente sa première expérience d’atelier collectif. En collaboration avec son fils Bruno et Ubald Klug et bénéficiant des conseils de l’ingénieur Jean Prouvé, il construit un second atelier de 200 m2.  Le collectionneur Zurichois, le Dr Michel Meyer soutiendra cette initiative.


L’AMERIQUE


1960 Après le succès d’ une exposition  à New York, encouragé par sa femme Claude, Stahly décide de partir pour les Etats-Unis où  il est invité pour un trimestre à l’Université de Californie.


1961 Au cours de l’été, il tente à Aspen (Colorado), une expérience de travail collectif, avec les élèves de la Aspen School of Contemporary Art .


En automne , il est l’hôte de l’Université de Washington à Seattle, où il tente une nouvelle expérience de travail en groupe, dans des dimensions architecturales.  A cette époque par l’intermédiaire de l’Architectural Art Service de San Francisco, on lui commande une fontaine en acier inoxydable pour la Kayser Steel Comp., à Fontana, près de Los Angelès.


1962 François Stahly est choisi parmi 112 candidats, 66 américains et 46 européens, avec Roszac, Lipton, R.Howard et Anderson, pour l’étude d’une sculpture monumentale pour le Golden Gateway Park à San Francisco. Il reçoit le premier prix de ce concours qui comprend la réalisation du monument. Egalement une fontaine monumentale en pierre pour l’exposition Universelle de Seattle lui est commandée par la ville et financée par un industriel , Mr Lang.


A l’Université de Washington à Seattle, Stahly crée avec ses étudiants, des arbres-échelles inspirés par la forêt de Tacoma. De ces expériences enthousiasmantes découlent les séries des Forêts, des Totems, des fleurs, dont les Portiques de la Maison de la Radio à Paris sont l’un des aboutissements les plus parfaits.

Nombreuses conférences dans les Universités de Phoenix, Harvard, New York…


Sa renommée grandit rapidement, les commandes se succèdent en Amérique comme en France. L’action de Paule Anglim, directrice de l’Architectural Art Service de San Francisco, est déterminante dans ce succès.


1964 Grâce à Dartea Speyer obtient la commande importante de « l’Eté de la Forêt »  pour le Parc privé de Nelson Rockfeller à Tarrytown.


1965 Invité avec sa femme Claude à l’Université de Stanford comme « Artist in résidence ». C’est alors que celle-ci réalise ses premières tentures d’après les dessins de François Stahly.

Cette expérience du travail partagé «  furent les années les plus heureuses de notre vie ».


RETOUR EN FRANCE


1966-67 Grâce au soutien d’André Malraux, alors Ministre de la Culture, et de Bernard Anthonioz, délégué aux Arts Plastiques François Stahly et sa femme décident de rentrer à Paris.  Le Musée des Arts Décoratifs organise une grande exposition rétrospective de son œuvre.


François Stahly acquiert une forêt idéale sur les contreforts du Mont-Ventoux, dans le Vaucluse, près de Vaison-la-Romaine.


Ses enfants Bruno et Florence, tous deux architectes entreprennent la construction des ateliers du «  Haut Crestet ».Une première maison sera construite par Florence, et , deux ans plus tard,Bruno réalisera la grande maison-atelier avec terrasses et patios où les tapisseries de Claude pourront se déployer. C’est un exemple d’architecture parfaitement intégrée à la nature. Stahly crée à nouveau un atelier collectif incluant de jeunes artistes attirés par le travail communautaire.


1967 Stahly  découvre les carrières de Carrare en Italie.


1969 Après « L’été de la Forêt » Nelson Rockefeller pense à une sorte de jardin labyrinthique qu’on placerait dans le parc gigantesque qui entoure à Albany le nouveau Capitole de l’Etat de New York dont il était gouverneur.


C’est  dans le parc du Crestet que s’élaborent les grands portiques. L’artiste est assisté entre autres des sculpteurs Otani , Schaufelbühl. Serge Boyer.

L’élaboration de cette œuvre dure des mois et le montage se poursuivra jusqu’en 1974.


Durant quatre ans le Crestet abrite un grand foyer d’activités créatrices. Stahly est à l’apogée de son ambition et de son œuvre.


Le 13 mai 1973, mort de Claude Stahly qui laisse François Stahly dans le plus grand désarroi. Frappé par la douleur il s’arrête de travailler.

Le sculpteur et ses enfants, offrent au Musée municipal de Meudon un ensemble d’œuvres de Stahly , des tapisseries et des collages de Claude.


1975 Après deux années de silence François Stahly épouse Parvine Curie une jeune femme sculpteur rencontrée au  salon de la jeune sculpture en 1970 dont le tempérament  l’impressionne et dont il admire le travail.


Ensemble ils essaient de réanimer le « Haut Crestet » qui redevient un lieu de rencontre et de travail en commun. Une sorte de Villa Médicis conviviale. De jeunes sculpteurs retrouvent le chemin des ateliers. François Stahly imagine un réseau complexe de sentiers, de parcours, de lieux de silence et de méditation ponctués par des sculptures. Le lieu s’enrichit d’une importante documentation ramenée par les deux sculpteurs au cours de leurs voyages sur les lieux sacrés qui sont leur source d’inspiration dans les années 70-80.


1974-1998 Parvine Curie et Stahly voyageront au Guatemala, en Inde, Amérique, Mexique, Israël, dans le désert Tunisien, Espagne, Egypte, Maroc, Italie, Yougoslavie, Grèce, Portugal, St Pétersbourg, Novgorod, et Trieste.


Le couple séjourne souvent en Espagne, à Cadaquès, où ils acquièrent une sardinière qui se joindra à la maison comme espace de travail.


1984  Ils se trouvent dans l’obligation de  vendre « Le Haut Crestet » au Centre National des Arts Plastiques, qui deviendra un centre d’Art Contemporain où de jeunes artistes viennent travailler, où on organise des colloques et des expositions.  La séparation d’avec Le Crestet et les raisons pour lesquelles il a fallu s’en séparer produisent sur l’artiste un accablement.  La vente au Ministère de la Culture a  lieu le 12 janvier 1985.

Les deux sculpteurs s’installent dans une maison en face  de l’atelier initial de Stahly, 1 bis rue du Bassin, où sera construit l’atelier de Parvine Curie.


1989 Pour des raisons de santé Stahly se consacre surtout à la gravure et au dessin.


François Stahly sculptera jusqu’en 1996,  sculptures de petits format comme « Le Hibou » « Gémeaux » « petit granit »


1995 Elu membre de l’Institut  de l’Académie des Beaux-Arts.


2006 Le 2 juillet mort de François Stahly à Meudon.


François Stahly était Officier des Arts et Lettres, Chevalier de la Légion d’Honneur, et Officier de l’ordre National du Mérite.


François Stahly dans une interrogation constante inhérente à sa création – anime sans cesse  la lutte de la vision qui le surprend et l’habite avec la matière « en taille directe » .  L’âme des choses aimante sa main et c’est de l’intensité de cette approche que naissent ses formes.

Une fois sa vision absorbée par la matière, il lui arrive d’être surpris. Comme tout grand artiste, il ne donne à voir et à appréhender que dans la surprise que l’œuvre exerce sur lui ; et lorsque Stahly parle de « maîtrise » ce n’est que pour mieux situer ce qui lui échappe.

Lorsqu’il dit que sa vision lui est donnée, que ses mains l’ont saisie, et qu’il ne voudrait pas que sa sculpture devienne objet de spéculation, il laisse entendre que ce « donné » soit à son tour « versé » au monde ayant choisi l’artiste comme un  «  passeur »

« …..comme si l’œuvre que je suis en train d’écrire, en ce moment même (je ne sais jamais si elle sera achevée), était déjà écrite quelque part, avec précision et tout entière. Et moi, je ne fais que la reconstituer. Voilà pourquoi je suis constamment sur le qui-vive. »

(Marina Tvetaïeva)


L’œuvre de François Stahly oscille entre « l’élancement dans l’espace » et » la racine. » Entre «  éclosion » « Nouveau-né »  et « arbre-mère ». « Arbre-mère » dont la sève s’élance dans « La Forêt de Tacoma ».  Comme une concrétion de plusieurs naissances qui s’expriment à travers la poussée végétale.


L’œuvre publique de l’artiste comprend : Les Fontaines, les Signaux, Les Colonnes. Les Théâtres, Les Labyrinthes.


L’œuvre intime :  à travers des titres qui la nomment et viennent s’inscrire comme le mot final qui scelle la métaphore.


Toute sa vie François Stahly a eu besoin d’écrire, de prendre des notes, de tenir un journal, de consigner ses lectures dans un cahier. Dans la première partie de sa vie il est nourri de poésie, Rilke, Hölderlin, Goethe, Rimbaud, Baudelaire… Le romantisme allemand, puis dans un second temps, il lit de la philosophie : Heidegger Bergson, Freud, Levy-Strauss,  Georges Bataille, Berdiaeff, Pessoa, Krishnamurti…



Chronologie conduite par Anne de Staël.


Les textes cités sont extraits, des Ecrits de François Stahly, de Parvine Curie, de Marie-José Villadier,  des préfaces de François Mathey, et Carola Giedon Welcker.